Interview de Fetison Rakoto Andrianirina sollicitée par The Times of Madagascar
Fetison Rakoto Andrianirina: « L’alternance pacifique passe par la fin des représailles »Fetison Rakoto Andrianirina s'est fait discret ces derniers temps, on avance que vous vous êtes écarté de la mouvance Ravalomanana, est-ce une information crédible ?
La vraie crise à Madagascar, liée à la crise mondiale, n’a pas encore commencé et que les vraies difficultés sont devant nous. Deux ans pour trouver une sortie de crise politique me semblent trop longs. Pendant que nous nous battions pour une transition conventionnelle, le nombre de malgaches sans abris, victimes du chômage, de l’exclusion, de la pauvreté, de l’insécurité s’accroît sensiblement. Entièrement en phase avec la mouvance Ravalomanana et des deux autres mouvances d’ailleurs, j’estime que mes actions doivent dépasser le seul cadre de sortie de crise.
Cela signifierait-il que vous êtes en mode réflexion ou vous êtes en train de concocter une autre offensive ?
Il faut trouver le moyen de décrocher rapidement, avant même le Sommet des Chefs d’Etat de la SADC, un accord accepté par tous pour faciliter le retour à la normalité constitutionnelle à travers des élections crédibles, transparentes et neutres. Je m’y attèle.
Mamy Rakotoarivelo choisit d'observer un break, des membres de la mouvance ont rejoint le camp de Rajoelina, est-ce la fin de la mouvance Ravalomanana, ou l'ère Ravalomanana ?
Je respecte leur choix. Par contre, Mamy Rakotoarivelo, tout comme moi, ne laissera pas tomber la mouvance Ravalomanana qui, je vous l’assure, survivra.
A ce sujet, le navire de la HAT semble avancer avec ou sans la présence des trois mouvances. Vous attendez quoi exactement du sommet extraordinaire proposé par la Troïka ?
Notre démocratie a suffisamment souffert. Ce qui met la Nation en perpétuel danger. L’unilatéralisme de la HAT, n’étant que l’illustration d’un exercice abusif d’un pouvoir usurpé, ne constitue pas une solution. Le Sommet proposé par la Troika doit prendre des mesures audacieuses pour contribuer à la résolution de cette grave crise institutionnelle et politique.
En tant que membre de la direction collégiale de la mouvance Ravalomanana, vous ne risquez pas d'être pointé du doigt pour s'opposer à chaque fois aux différentes propositions ?
Il est de mon devoir sacré de m’élever avec vigueur contre le comportement lourdement irresponsable de la HAT de prétendre donner la main aux Malgaches après avoir confisqué leurs attributs citoyens au moyen d’une prise de pouvoir anti-démocratique. Il faut qu’on arrive à donner une apparence légale à la transition conventionnelle à mettre en place.
Pourrait-on savoir quelles sont les raisons qui vous poussent à nier les propositions de sortie de crise, et accepter la main tendue de vos protagonistes ?
Ma participation dans une telle structure, telle que c’est présentée dans sa dernière version, ne sera autre qu’un acte d’allégeance à Monsieur Rajoelina alors que lui-même ne se présente actuellement que sous son seul titre autoproclamé de Président de la Haute Autorité de la Transition.
S'allier avec le parti Monima et le professeur Raymond Ranjeva semblerait-il la solution adéquate pour vous, mouvance Ravalomanana ?
Elle ne l’est pas uniquement importante pour la seule mouvance Ravalomanana mais pour tout un peuple qui a besoin de retrouver ses droits démocratiques longtemps confisqués.
Les autres partisans de la mouvance ayant intégré le nouveau gouvernement de la HAT parlent d'une stratégie dans l'objectif de faire revenir Ravalomanana au pays entr'autres, vous y croyez ?
Le comportement des précédents dirigeants de ce pays à l’endroit des opposants au régime a été critiqué lors des discours de la place du 13 mai en 2009. Aujourd’hui, malgré le changement, Andry Rajoelina et son équipe se confortent dans cette même erreur. Je ne pense pas que dans sa formule actuelle, ceux qui ont pris la décision d’intégrer le système, même animés d’une bonne volonté, puissent peser pour apporter un quelconque changement.
Des rumeurs circulent que l'équipe de Yves Aimé Rakotoarison s'attelle actuellement à faire libérer près d'une quarantaine de détenus politiques, où en est votre action dans ce sens ?
C’est le moins qu’on puisse attendre et espérer d’elle. Si d’aventure, Yves Aimé et son équipe étaient incapables de libérer tous les prisonniers politiques, ce ne serait qu’un immense gâchis pour la lutte et le pays.
Est-ce une action parallèle ou commune ?
« Solidarité aux Victimes du Non-Droit » ne se limite pas seulement aux traitements et à la libération des prisonniers politiques. Ses actions sont beaucoup plus larges et conséquentes : défendre, promouvoir les Droits de l’Homme et du Citoyen, de la Démocratie et protéger les Droits Fondamentaux à Madagascar.
A la veille du sommet extraordinaire effectué par la SADC, avez-vous un message à transmettre ?
Afin d’aider le Sommet extraordinaire à mieux cadrer les réalités et les besoins de Madagascar, je pense qu’il est plus qu’important que le dialogue malgacho-malgache puisse avancer pour déboucher à un accord basé ou non sur la feuille de route. Du moins, à un accord final. Nous devons cela au peuple malgache.
Et pour conclure ?
Essayons désormais d’utiliser notre raison ! En 50 ans d’indépendance nous avons gaspillé nos chances dans les idéologies et les procès d’intentions. A preuve, il suffit que quelqu’un prenne une initiative pour qu’il soit accusé de toutes les turpitudes. Parce que je m’efforce d’arrêter, avec ma défense des droits de l’homme, et partant, briser le cercle infernal des représailles interminables, on m’accuse déjà de lâcher la mouvance Ravalomanana à laquelle je reste fidèle. N’a-t-on pas compris que la fin des représailles est la condition sine qua non de l’alternance pacifique ?
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