MADAGASCAR : COUP D’ETAT PERMANENT CAUTIONNE PAR LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE ?
L’ensemble est prestement adoubé par une Haute Cour Constitutionnelle qui n’a ce nom que parce qu’il figure au fronton de l’institution alors même que ses membres, à commencer par son président, se couchent sur les principes dont, pourtant, ils ont la garde et qu’ils ont le devoir d’imposer. Que dire, pour ce qui la concerne, de cette masse de généraux ployant soudainement sous de lourdes étoiles vite acquises, qui jouent les forts en gueule pour entraîner des troupes entières sans conscience dans des opérations destinées à impressionner et à terroriser pourvu qu’elles aboutissent à satisfaire les usurpateurs ? La Justice n’est pas en reste puisque sous la baguette d’une ministre théoriquement en charge de la garde des sceaux, parquetiers et juges s’empressent de dévoyer les règles élémentaires pour trancher dans le vif, pourvu que la célérité soit assurée.
Mais, la pratique constante de la forfaiture, dont l’évocation des autres manifestations sur le plan interne serait trop longue, ne s’arrête point là. En effet, sur le plan international elle ne brille pas moins par sa gravité. Les accords conclus sous l’égide de la communauté internationale à Maputo à deux reprises, ceux d’Addis-Abeba et de Gaborone, lesquels mettaient en place dans de pénibles conditions les institutions d’un régime de transition devant au moins sauver les apparences, sont immédiatement violés par les mêmes usurpateurs de pouvoir. L’obstination de cette communauté internationale à vouloir leur donner des habits présentables relève d’autant plus d’une naïveté coupable que, ici également, la constance de la forfaiture à ce degré de gravité atteint l’intolérable.
Passons sur les multiples reniements de la parole donnée et sur les parjures allègrement commis par celui-là même qui n’hésite pas même à endosser les habits, les parures et le cérémonial autrefois dévolus aux souverains de l’époque royale. Lui et ses soutiens ne s’embarrassent plus de rien pour se parer des attributs de la souveraineté nationale pour braver, voire narguer, cette même communauté internationale en violant conventions, accords et engagements internationaux. L’avant dernière en date est la décision du putschiste en chef de se présenter à l’élection présidentielle prévue en juillet 2013, ce en dépit de son renoncement solennellement acté par la communauté internationale quelques mois auparavant, ses autres soutiens faisant de même alors même qu’ensemble ils sont sanctionnés individuellement par cette même communauté internationale dès février 2010, et que la règle impérative et d’application immédiate à tirer des textes référentiels partagés par tous au sein de la communauté des nations est d’interdire à tout auteur de coup d’Etat de se présenter à une quelconque élection.
La réalité qui crève les yeux est que cet homme, Andry Rajoelina, et ses soutiens ont toujours manœuvré pour confisquer à jamais le pouvoir à leur seul profit. Dans cette finalité, ils manœuvrent aujourd’hui pour faire capoter le calendrier électoral et pour forcer les événements, l’objectif immédiat étant, avec l’aide d’une armée qui a perdu tout sens de l’honneur, de créer les conditions d’une situation d’urgence justifiant leur maintien afin de rétablir l’ordre – c'est-à-dire leur « ordre » - !...
Devant de telles évidences, devant de tels traitements vexatoires, devant de telles violations et inconséquences, devant un tel déferlement d’irresponsabilités répétées, face à de tels fauteurs de troubles, autant de manquements et d’actes qui sont constitutifs des pires incriminations, comment imaginer un seul instant que la communauté internationale n’ait pas conscience de servir involontairement de caution de par sa pusillanimité ?
Une réaction rapide – que dire ? sans délai ! - de sa part est requise. A défaut, l’Histoire retiendra que la communauté internationale a cautionné à Madagascar un coup d’Etat permanent. Ceci devrait éveiller chez certains une réactivité plus grande encore, avec l’urgence de la conscience, en espérant qu’elles en appellent à leur propre souvenir ; nous voulons parler de cette France prompte à adopter la posture du Juste. Alors, qu’elle se souvienne, en ces temps de l’alternative socialiste, de la formule célèbre d’un certain François Mitterrand qui, voulant pourfendre le magistère gaullien, pointait d’un doigt réquisitorial un « Coup d’Etat permanent ».

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire