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| Communiqué d’après des investigations et recueils de témoignages |
Face à l’ampleur de la catastrophe
humanitaire causée par l’Opération spéciale “Tandroka” dans le Sud de
Madagascar, plus précisément dans le District de Betroka, reflet de ce
qui se passe actuellement à l’échelle nationale,
Il est de mon devoir en tant que citoyen
malgache d’abord, et natif du Sud de surcroît, de m’insurger contre les
exactions subies par nos compatriotes innocents et de les dénoncer avec
force. Il est inadmissible, sous couvert de lutte contre les Dahalo,
que des régions entières soient nettoyées avec les biens mis à sac, puis
brûlés, et les populations contraintes de fuir cette terreur.
Certaines populations, réduites au
silence pendant la présence des forces de l’ordre sur place dans le
cadre de cette opération spéciale, commencent à dépasser leurs peurs et
rapportent des témoignages accablants, dont certains ont été faits par
écrit sur des cas de violences, d’abus et d’exactions divers. En
attendant l’arrivée d’autres témoignages, ou d’exemples similaires
venant d’autres régions, il fallait rapporter les souffrances graves
endurées par les victimes.
Ces cas de violences se sont aggravés vers le début du mois d’Octobre 2012. On peut citer comme exemples ;
- Les cas des Fokontany Morafeno, Miary Omby, Ambalabe, et Asely dans la commune rurale de Mahabo survenus entre le 18 et le 21 Octobre 2012. Des villages entiers ont été incendiés, des récoltes détruites, des biens valeureux et même de l’argent ont été volés.
- Les cas des Fokontany Manombo et Morarano, dans la Commune rurale d’Analamary, qui ont été « visités » par les forces de l’ordre le mardi 16 octobre dernier et dont les hommes ont été accusés, sans aucune preuve, d’être complices de Remenabila, tabassés et arrêtés. Comme dans les autres villages, les biens des fokonolona ont été détruits ou pillés.
- Les cas du Fokontany Voromiantsa, Commune rurale d’Ivahona survenus vers la fin du mois de septembre 2012. Des villages ont été détruits et d’après les doléances enregistrées par le Maire le 6 octobre dernier, les papiers d’identité et les cahiers de bovidés des habitants locaux sont partis en fumée, rendant absolument impossible le recensement des biens et des personnes sur place.
- Les cas du Fokontany Ankilimary, Commune rurale Ianakafy, survenus le 8 octobre 2012. Les villageois ont été contraints par les forces de l’ordre à leur remettre tous leurs objets de valeur et leur argent. 307 bovidés ont été ramenés de force vers Betroka et n’ont été remis à leurs propriétaires que moyennant paiement d’une certaine somme aux divers responsables. Certains bovidés, dont les propriétaires n’ont pas pu s’acquitter de la somme demandée, ont été tués ou détenus dans un endroit dénommé Vondrony.
Les témoignages des habitants de ces
localités dans le District de Betroka font état de l’utilisation
excessive de la force et sans discernement, les contraignant à fuir dans
les forêts, même des mères de famille qui viennent de mettre au monde
leurs bébés ont dû se réfugier dans la brousse, craignant pour leurs
vies. Les dégâts laissés par le passage des forces spéciales sont
énormes, les pertes causées par les incendies des villages, les
populations civiles dépouillées de tous leurs biens, même jusqu’à leurs
pièces d’identité, les familles détruites, des pertes en vies humaines
ont même été rapportées.
Il est scandaleux de savoir que dans
certaines communes, il n’est même plus question de traque de Remenabila,
les violences, abus et exactions ne sont en aucun cas justifiés ni
justifiables.
Les doléances écrites ou verbales de ces
victimes ont été remises entre les mains des autorités locales, maires
des communes rurales concernées et Chef de District de Betroka. Leurs
cachets faisant foi.
Ces exemples venant des localités de
l’Isalo ne doivent pas nous faire oublier que les exactions ont commencé
dans la Région d’Anosy, d’autres terreurs se poursuivent dans le Menabe
et personne, pour le moment, ne peut envisager jusqu’où cette
répression sanguinaire va s’arrêter. Nous encourageons les citoyens,
victimes ou non, en possession d’autres témoignages à les révéler au
grand jour.
Face à cette catastrophe d’une ampleur
grave, il est urgent d’alerter tous mes concitoyens malgaches, les
dirigeants, les hauts responsables des forces armées, les Raiamandreny
et chefs spirituels de ce pays, ainsi que les membres de la communauté
internationale. Les populations civiles dans ces localités sont
totalement désabusées, impuissantes et orphelines. Les violations
flagrantes des droits de l’homme et les atteintes à la vie humaine
devraient nous interpeller tous au plus haut point.
Il s’avère ainsi impérieux de procéder à
une enquête approfondie sur place, afin d’éviter toute désinformation
qui ne fera qu’aggraver la situation déjà critique de nos concitoyens
dans le Sud. La communauté internationale devrait, dans les meilleurs
délais, y dépêcher une mission d’enquête indépendante et neutre pour
déterminer les responsabilités respectives des entités concernées, et
assurer un appui financier et technique pour le déroulement de cette
enquête.
La situation dans le Sud à laquelle nous
assistons actuellement est une atteinte à la Nation Malgache toute
entière parce que toutes ces régions sont habitées par des Malgaches
sans distinction d’origine.
Toutefois, j’encourage tous nos concitoyens militaires qui font leur travail dans la droiture en aidant les habitants à vivre dans la sérénité. Il ne s’agit pas de faire de l’amalgame, au contraire, leur aide est entièrement sollicitée pour que les vrais commanditaires de cette tragédie soient identifiées. En effet, nous ne devons pas nous contenter des boucs émissaires volontairement désignés comme coupables pour endosser toute la responsabilité alors que les vrais coupables s’en sortent toujours facilement. Il est crucial de mettre fin à cette situation d’impunité qui n’a que trop nui à notre Nation.
Les Malgaches ne doivent pas se résigner
à accepter cette flambée de violences absolument inadmissible et
injustifiable et anéantissant les habitants du Sud, sous prétexte qu’on
recherche des malfaiteurs et des « dahalo ».
J’implore ainsi les victimes et les
défenseurs de droits civils à s’unir pour vaincre ce sentiment de peur
instauré pour réduire le peuple malgache au silence. Toutes les forces
vives et les citoyens de ce pays doivent se mobiliser jusqu’à ce que la
vérité soit connue et la justice faite. C’est grâce, et avec nous tous,
que les vrais commanditaires, et non seulement les épouvantails, seront
traduits devant la justice pour affirmer haut et fort la suprématie des
droits des citoyens.
Enfin, je me permets de lancer un appel
pressant à tous les malgaches pour un « voin-kava mahatratra » en faveur
de nos compatriotes dans le Sud, ainsi qu’aux membres de la Communauté
internationale pour déployer des aides humanitaires d’urgence afin de
leur permettre de se reconstruire après ces drames.
Antananarivo, ce 27 novembre 2012
Dr Elimberaza Mandridake
Professeur à l’Université de Toliara

En plus de tout ça, toujours dans le Sud, cette situation d'accaparement de notre terre par ces sociétés étrangère, comme tozzi green. Qui ne cesse de menacer, de faire pression pour que les vérités ne soient pas connus. Nous vous demandons de voir aussi, car c'est la VIE de toute une population Malgache, qui est en danger
RépondreSupprimerSOUTENONS les ELEVEURS et leur PATRIMOINE contre L’ACCAPAREMENT
de VASTES SURFACES de TERRES par la société TOZZI GREEN à MADAGASCAR
La société italienne Tozzi Green,une filiale du groupe italien Tozzi Renewable Energy, cultive essentiellement du jatropha, un agrocarburant, sur le plateau d’Ihorombe dans le Centre Sud de Madagascar et vise une surface de 100 000 ha. Cette société déclare qu’elle s’installe dans cette zone avec l’accord des populations : quelles populations exactement ont été consultées et ont donné leur accord ? Les autorités locales ? Quelques notables des villages ?
Plaintes et revendications des populations locales
Le 16 novembre dernier, dix représentants de neuf villages situés dans les communes de Satrokala, Andiolava, Ambatolahy et Ihosy, région d’Ihorombe sont venus à Antananarivo et ont tenu une conférence de presse pour manifester leur opposition à cette exploitation et pour « exprimer leur détresse ». Ils se sont déplacés pour faire connaître leurs plaintes car les droits des habitants ont été piétinés. « Nous n’avons plus aucune prise sur nos terres, des personnes étrangères à nos mœurs y imposent leurs lois. Elles ont étendu progressivement la surface de leurs cultures et utilisent aussi nos terres maintenant. Nous, petits paysans, sommes obligés de partir car ce sont des gens munis d’armes qui nous expulsent de nos terres. La perte de l’herbe où les zébus pouvaient brouter a entraîné le décès du bétail sur place. Ils ont détruit les tombes de nos ancêtres. Les lieux sacrés ont déjà tous été détruits par les tracteurs ». Ils sont complètement désemparés actuellement car ils sentent qu’ils ressemblent à des œufs qui affrontent des rochers dans cette situation, et font appel à l’Etat central […], la plupart des habitants partent en exode et deviennent quasiment des sinistrés. Face à la confiscation de leurs terres, les fokonolona (communautés de base) ont souligné que « les conséquences de l’accaparement de nos terres par Tozzi Green auront des conséquences graves ». Les populations ont faim et les coutumes des Bara sont bafouées.